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Voltaire (pseud. of François Marie Arouet - 1694-1778):
"Dictionnaire Philosophique"
The text that I have used here, has been taken from my own
copy of the 6th volume of the "Dictionaire Philosophique", which is part of the reprint of Voltaire's
"Oeuvres Choisies" , published in 1833 by Lebigre Frères, Libraires, Paris.
I will give you the original French text. I have stuck to the original
spelling as found in the 1833 edition, i.e. "revenans", "enfans". And, before
anyone starts complaining that he or she does not read French, don't worry.
I am sure that - Voltaire being Voltaire - it can not be very hard to find
yourself a translation somewhere.
Voltaire on Vampires:
"Quoi ! c'est dans notre dix-huitième
siècle qu'il y a eu des vampires ! c'est après le règne des Locke, des
Shaftesbury, des Trenchard, des Colins; c'est sous le règne des d'Alembert,
des Diderot, des Saint-Lambert, des Duclos, qu'on a cru aux vampires; et que
le révérend père dom Augustin Calmet, prêtre, bénédictin de la congrégation
de Saint-Vannes et de Saint-Hidulphe, abbé de Sénone, abbaye de cent mille
livres de rentes, voisine de deux abbayes du même revenu, a imprimé et
réimprimé l'histoire des vampires avec l'approbation de la Sorbonne, signée
Marcilli.
Ces vampires étaient des morts qui
sortaient la nuit de leurs cimetières pour venir sucer le sang des vivans,
soit à la gorge ou au ventre, après quoi ils allaient se remettre dans leur
fosses. Les vivans sucés maigrissaient, pâlissaient, tombaient en
consomption, et les mors suceurs engraissaient, prenaient des couleurs
vermeilles, étaient tout-à-fait appétissans. C'était en Pologne, en Hongrie,
en Silésie, en Moravie, en Autriche, en Lorraine, que les morts fesaient
cette bonne chère. On n'entendait point parler des vampires à Londres, ni
même à Paris. J'avoue que dans ces deux villes il y eut des agioteurs, des
traitans, des gens d'affaires, qui sucèrent en plein jour le sang du peuple,
mais ils n'étaient point morts, quoique corrompus. Ces suceurs véritables ne
demeuraient pas dans des cimetières, mais dans des palais fort agréables.
Qui croirait que la mode des vampires
nous vint de la Grèce ? Ce n'est pas de la Grèce d'Alexandre, d'Aristote, de
Platon, d'Epicure, de Démosthènes, mais de la Grèce chrétienne,
malheureusement schismatique.
Depuis long-temps les chrétiens du rite
greg s'imaginent que les corps des chrétiens du rite latin, enterrés en Grèce
ne pourissent point; parce qu'ils sont excommuniés. C'est précisément le
contraire de nous autres chrétiens du rite latin. Nous croyons que les corps
qui ne se corrompent point sont marqués du sceau de la béatitude éternelle.
Et dès qu'on a payé cent mille écus à Rome pour leur faire donner un brevet
de saints, nous les adorons de l'adoration de dulie.
Les Grecs sont persuadés que ses morts
sont sorciers; ils les appellent broucolacas ou vroucolacas,
selon qu'ils prononcent la seconde lettre de l'alphabet. Ces morts gregs vont
dans les maisons sucer le sang des petits enfans, manger le souper de
pères et mères, boire leur vin et casser tous les meubles. On ne
peut les mettre à la raison qu'en les brûlant, quand on les attrape. Mais il
faut avoir la précaution de ne les mettre au feu qu'après leur avoir arraché
le coeur que l'on brûle à part.
Le célèbre Tournefort, envoyé dans le
Levant par Louis XIV, ainsi que tant d'autres virtuoses, fut témoin de tous
les tours attribués à un de ces broucolacas, et de cette cérémonie.
Après la médisance, rien ne se communique
plus promptement que la superstition, le fanatisme, le sortilége, et les
contes des revenans. Il y eut des broucolacas en Valachie, en Moldavie, et
bientôt chez les Polonais, lesquels sont du rite romain. Cette superstition
leur manquait; elle alla dans l'orient de l'Allemagne. On n'entendit plus
parler que des vampires depuis 1730 jusqu'en 1735; on les guetta, on leur
arracha le coeur, et on les brûla: ils ressemblaient aux anciens martyrs;
plus on en brûlait, plus il s'en trouvait.
Calmet enfin devint leur historiographe,
et traita les vampires comme il avait traité l'ancien et le nouveau
Testament, en rapportant fidèlement tout ce qui avait été dit avant lui.
C'est une chose à mon gré très-curieuse,
que les procès-verbaux faits juridiquement concernant tous les morts qui
étaient sortis de leur tombeaux pour venir sucer les petits garçons et les
petites filles de leur voisinage. Calmet rapporte qu'en Hongrie deux
officiers Délégués par l'empereur Charles VI, assistés du bailli du lieu et
du bourreau, allèrent faire enquête d'un vampire mort depuis six semaines,
qui suçait tout le voisinage. On le trouva dans sa bière frais, gaillard, les
yeux ouverts et demandant à manger. Le bailli rendit sa sentence. Le bourreau
arracha le coeur et le brûla; après quoi le vampire ne mangea plus.
Qu'on ose douter après cela des morts
ressuscité, dont nos anciennes légendes sont remplies, et de tous les
miracles rapportés par Bollandus, et par le sincère et révérend dom Ruinart
!
Vous trouverez des histoires de vampires
jusque dans les lettres juives de ce d'Argens que les jésuites, auteurs du
journal de Trevoux, ont accusé de ne rien croire. Il faut voir comme ils
triomphèrent de l'histoire du vampire de Hongrie; comme ils remerciaient Dieu
et la Vierge d'avoir enfin converti ce pauvre d'Argens, chambellan d'un roi
qui ne croyait point aux vampires.
Voilà donc, disaient-ils, ce
fameux incrédule qui a osé jeter des doutes sur l'apparition de l'ange à la
Sainte-Vierge; sur l'étoile qui conduisit les mages; sur la guérison des
possédés; sur la submersion de deux mille cochons dans un lac; sur une
éclipse de soleil en pleine lune; sur la résurrection des morts qui se
promenèrent dans Jérusalem : son coeur s'est amolli, son esprit s'est
éclairé, il croit aux vampires.
Il ne fut plus question alors que
d'examiner si tous les morts étaient ressuscités par leur propre vertu, ou
par la puissance de Dieu, ou par celle du Diable. Plusieurs grands
théologiens de Lorraine, de Moravie et de Hongrie, étalèrent leurs opinions
et leur science. On rapporta tout ce que Saint-Augustin, Saint-Ambroise et
tant d'autres saints avaient dit de plus inintelligible sur les vivans et sur
les morts. On rapporta les miracles de Saint-Etienne qu'on trouve au septième
livre des oeuvres de Saint-Augustin; voici un des plus curieux. Un jeune
homme fut écrasé dans la ville d'Aubzal en Afrique, sous les ruines d'une
muraille; la veuve alla sur-le-champ invoquer Saint-Etienne, à qui elle était
très-dévote. Saint Etienne le ressuscita. On lui demanda ce qu'il
avait vu dans l'autre monde. Messieurs, dit-il, quand mon ame eut quitté mon
corps, elle rencontra une infinité d'ames qui lui fessaient, plus de
questions sur ce monde-ci que vous ne m'en faites sur l'autre. J'allais je ne
sais où, lorsque j'ai rencontré Saint-Etienne qui m'a dit : Rendez ce que
vous avez reçu. Je lui a répondu : Que voulez-vous que je vous rende, vous ne
m'avez jamais rien donné ? Il m'a répété trois fois : Rendez ce que vous avez
reçu. Alors j'ai compris qu'il voulait parler du credo. Je
lui ai récité mon credo, et soudain il m'a ressuscité.
On cita surtout les histoires rapportées
par Sulpice Sévère dans la vie de Saint-Martin. On prouva que Saint-Martin
avait entre autres ressuscité un damné.
Mais toutes ces histoires, quelque vraies
qu'elles puissent être, n'avaient rien de commun avec les vampires qui
allaient sucer le sang de leurs voisins, et venaient ensuite se replacer dans
leur bières. On chercha si on ne trouvait pas dans l'ancien Testament ou dans
la mythologie quelque vampire qu'on pût donner pour exemple; on n'en trouva
point. Mais il fut prouvé que les morts buvaient et mangeaient, puisque chez
tant de nations anciennes on mettait des vivres sur leurs tombeaux.
La difficulté était de savoir si c'était
l'ame ou le corps du mort qui mangeait. Il fut décidé que c'était l'un et
l'autre. Les mets délicats et peu substantiels, comme les méringues, la crême
fouettée, et les fruits fondans, étaient pour l'ame; les rost-bif étaient
pour le corps.
Les rois de Perse furent, dit-on, les
premiers qui se firent servir à manger après leur mort. Presque
tous les rois d'aujourd'hui les imitent; mais ce sont les moines qui mangent
leur dîner et leur souper, et qui boivent le vin. Ainsi les rois ne sont
pas, à proprement parler des vampires. Les vrais vampires sont les moines qui
mangent aux dépens des rois et des peuples.
Il est bien vrai que Saint-Stanislas, qui
avait acheté une terre considérable d'un gentilhomme polonais, et qui ne
l'avait point payée, étant poursuivi devant le roi Boleslas par les
héritiers, ressuscita le gentilhomme; mais ce fut uniquement pour se faire
donner quittance. Et il n'est point dit qu'il ait donné seulement un pot de
vin au vendeur, lequel s'en retourna dans l'autre monde sans avoir ni bu ni
mangé.
On agite ensuite la grande question, si
l'on peut absoudre un vampire qui est mort excommunié. Cela va plus au
fait.
Je ne suis pas assez profond dans la
théologie pour dire mon avis sur cet article; mais je serais volontiers pour
l'absolution, parce que dans toutes les affaires douteuses, il faut toujours
prendre le parti le plus doux.
Odia restringenda, favores ampliandi.
Le résultat de tout ceci est qu'une
grande partie de l'Europe a été infestée de vampires pendant cinq ou six ans,
et qu'il n'y en a plus; que nous avons eu des convulsionnaires en France,
pendant plus de vingt ans, et qu'il n'y en a plus; que nous avons eu des
possédés pendant dix-sept ans, et qu'il n'y en a plus; qu'on a toujours
ressuscité des morts depuis Hippolyte et qu'on n'en ressuscite plus; que nous
avons eu des jésuites en Espagne, en Portugal, en France, dans les
Deux-Siciles, et que nous n'en avons plus."
Comments and page © 2007 by Rob Brautigam - NL - Last changes 03 October 2007
Photo "Kensal Green Cemetery - London" © 1979 by Rob Brautigam
"Voltaire" - illustration based on an old print from my collection